Il existe une famille de fruits que la plupart d’entre nous n’ont jamais vus. Ils portent des noms qu’on n’entend nulle part : abricot-prune, pluot, plumcot, biricoccolo, pluerry, sorbopyrus. Chacun est né du croisement de deux fruits que tout le monde connaît, comme si l’on tombait sur un animal qui serait à la fois âne et cheval. Autrement dit, des fruits qui n’auraient pas dû exister et qui, pourtant, se cultivent aujourd’hui dans les vergers les plus curieux d’Europe et d’Amérique du Nord. Ce guide ouvre les portes de cette famille des hybrides fruitiers interspécifiques.

Qu’est-ce qu’un hybride fruitier interspécifique ?
Un hybride interspécifique, c’est un fruit issu du croisement entre deux espèces différentes, le plus souvent au sein du même genre botanique. Chez les fruits à noyau, c’est presque toujours le genre Prunus qui joue : abricotier, prunier, cerisier, amandier. Plus rarement, le croisement traverse deux genres voisins, comme pommier × cognassier, poirier × alisier ou poirier européen × nashi.
D’abord, précisons-le, ces hybrides ne sont pas des OGM. Ils naissent d’une pollinisation à la main, fleur après fleur, ou d’un croisement spontané dans la nature. Ensuite, ce que les hybrideurs modernes ont apporté, c’est la patience : sélectionner sur plusieurs générations les meilleurs individus, jusqu’à obtenir un fruit stable, régulier, diffusable. Le Pluot® officiel de Zaiger date de 1988 ; le principe, lui, remonte à Luther Burbank et à la fin du XIXe siècle.

Les grandes familles d’hybrides fruitiers rares
À la Pépinière du Bosc, notre catalogue réunit plusieurs familles distinctes. Chacune correspond à un croisement différent et fait l’objet d’un article dans notre blog.
1. Abricot × prune : Plumcot, Pluot, Aprium et Biricoccolo
Le Plumcot est un hybride de première génération, environ 50 % prunier et 50 % abricotier. Il est issu du croisement entre Prunus salicina et Prunus armeniaca. Luther Burbank a largement popularisé ce type d’hybridation à la fin du XIXe siècle. Dans notre catalogue, c’est le Spring Satin qui représente ce profil équilibré, à peau sombre et chair jaune parfumée.
Le Pluot® est lui aussi un hybride entre prunier et abricotier, mais à dominante prune. Développé par Floyd Zaiger à partir de croisements successifs, il est annoncé autour de 75 % de prunier pour 25 % d’abricotier. Sa chair est souvent très juteuse, sucrée et croquante. Nous en proposons deux, tous deux issus des sélections Zaiger : le Flavor Supreme (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026), peau verte et chair rouge intense, et le Flavor Grenade (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026), allongé, d’un croquant explosif.
L’Aprium® inverse cette proportion. Il reste un hybride prune × abricot, mais avec une dominante abricotier, souvent annoncée proche de 75 %. Il conserve davantage le parfum, la texture et le caractère aromatique de l’abricot. C’est le profil de notre Aprisali, dont le fruit reste très proche d’un abricot par le goût.
Le Biricoccolo italien, Prunus × dasycarpa, appartient à une lignée beaucoup plus ancienne. Il serait issu d’un croisement entre abricotier et prunier myrobolan. Dans notre gamme, on retrouve notamment Vesuviano, notre Sélection et l’Abricot-prune noir Black Forest, à la peau pourpre presque noire.
Ces pourcentages sont des repères commerciaux, pas des mesures. Un pluot ne naît pas d’un seul croisement : il vient d’un premier mélange abricot × prune, puis de rétrocroisements successifs avec le prunier, génération après génération. À chaque tour, la part d’abricotier diminue. Certaines sélections modernes vendues comme pluots ne conserveraient plus que 5 à 10 % d’abricot dans leur génétique, et les analyses génétiques récentes montrent que la répartition n’est presque jamais un vrai 50/50.
Est-ce un problème ? Pas pour le goût, ces variétés sont excellentes et c’est bien pour ça qu’on les plante. Mais soyons honnêtes sur les mots : la plupart de ces fruits sont avant tout des prunes remarquablement travaillées, plus que de véritables moitiés d’abricot. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains obtenteurs américains parlent aujourd’hui simplement de plum, de prune.
Tous ces fruits associent, à des degrés différents, le jus et la texture de la prune au parfum de l’abricot. Leur goût, leur précocité et leur comportement au jardin varient ensuite fortement selon la variété. Deux nouveautés viennent élargir cette famille pour 2026/2027 : le Flavour Supreme et le Flavor Grenade sont rejoints par un hybride voisin, le Komet, la comète de Kouban (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026), et par le prunier Santa Rosa (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026), qui pollinise presque tous les hybrides de cette page.

2. Pluerry™, Chum et hybrides de pruniers
Croiser un prunier japonais avec un cerisier doux : c’est ce que laisse entendre la gamme Pluerry™ de Zaiger (Candy Heart, Sugar Twist). Le mot est un mot-valise, plum plus cherry, et pour un lecteur français la lecture est immédiate : prune + cerise.
Attention au mot « cerise ». Aux États-Unis, cherry plum est le nom courant du prunier myrobolan, Prunus cerasifera, et non du cerisier. Une bonne partie des fruits vendus là-bas sous le nom de cherry plum, que l’on traduit chez nous par cerise-prune, sont donc des croisements entre deux pruniers, le plus souvent myrobolan × prunier japonais, et non des croisements avec le cerisier doux, Prunus avium. Le consommateur croit acheter un croisement cerise × prune, alors qu’il achète un hybride de pruniers. Botaniquement, ce sont bien deux espèces différentes, l’hybridation est réelle ; c’est le mot cerise qui est trompeur.
Et c’est là que le nom Pluerry™ devient redoutablement habile. Personne n’a écrit que ce fruit descendait du cerisier : le mot, lui, le suggère. Or si l’on prend cherry au sens que l’usage américain lui donne dans cherry plum, c’est-à-dire le myrobolan, alors Pluerry ne signifie plus prune + cerise, mais prune + prune. Le flou n’est jamais démenti, et il traverse l’Atlantique intact, jusqu’à notre traduction française de cerise-prune.
Pour les Pluerry™, le brevet américain de Candy Heart (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026) déclare bien Prunus avium, mais aucune analyse génétique publique ne confirme cette part de cerisier à ce jour, et il n’existe aucun test de ce type pour Sugar Twist (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026). Nous les présentons donc comme des hybrides de Prunus d’exception, sans promettre une généalogie que personne n’a démontrée. Cela n’enlève rien à leur qualité : ce sont deux des meilleurs fruitiers de notre catalogue.

Et le Chum dans tout ça ? C’est le même fruit, sous un autre nom. Pluerry™ est la version brevetée par Zaiger ; notre Chum RedForest, qui n’est pas une création Zaiger, ne peut pas porter cette marque et s’appelle donc simplement Chum. Même type de croisement, même profil de fruit, une origine différente.
Il existe par ailleurs des hybrides naturels remarquables comme le Komet, issu de la station de Krymsk, un Prunus cerasifera × Prunus salicina qui supporte jusqu’à −30 °C. Un fruit croquant, dense, sucré, qui ne ressemble ni à une cerise ni à une prune.
→ Pluerry™, Chum et hybrides du genre Prunus.
3. Pommier × cognassier : le pomme-coing
Le Cydolus Rudenkoana (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026), sélection ukrainienne du XXe siècle, croise pommier (Malus) et cognassier (Cydonia). Chair tendre non astringente, parfum intense d’ananas cuit et de coing, et une tolérance remarquable au feu bactérien. Un fruitier de collection précieux. → Pomme-coing & Sorbopyrus.
4. Poirier × alisier : le sorbopyrus
Le × Sorbopyrus auricularis, hybride naturel connu depuis le XVIIe siècle, croise le poirier commun et l’alisier blanc (Sorbus aria), souvent désigné par raccourci comme un croisement poirier × sorbier. Deux variantes au catalogue : Shipova (fruit jaune-orangé, chair fondante) et Tatarova (plus rustique, parfums plus puissants). Curiosité botanique et arbre-signature d’un verger de diversification.
5. Poirier européen × nashi : le meilleur des deux mondes
Dernier croisement de la collection, très facile à aimer. Benita et New World associent le croquant juteux du nashi et le parfum du poirier européen, sur des arbres un peu plus tolérants aux maladies que le poirier.
Pandora (en vente sur notre site à partir du 1er octobre 2026) est un hybride rare entre nashi chinois et poire européenne, sélectionné pour ses gros fruits très croquants, juteux, sucrés et aromatiques, capables de se conserver plusieurs mois après la récolte.
Rareté et émerveillement : un fruit qu’on partage
C’est toujours la même chose quand je fais goûter un abricot-prune ou un hybride de pruniers à un ami. D’abord l’étonnement dans ses yeux, puis tout le monde s’essaye à chercher la part de l’un ou de l’autre. « Je sens plus la cerise et un peu la prune, ou l’inverse. » « Ah non, moi je ne retrouve pas du tout la cerise. » Bref, les avis divergent sur la composition, mais rarement sur le plaisir ressenti. Tout le monde les apprécie. Rémi Colicci, Pépinière du Bosc

La première fois qu’on croque un pluot bien mûr, ou une pomme-coing, c’est une émotion. Deux fruits familiers dont on n’imaginait pas qu’ils puissent donner ensemble quelque chose d’aussi surprenant. C’est un fruit qui rappelle des souvenirs et brouille les pistes. Cela suscite des questions. Et ça, aucun abricot de supermarché ne le donnera jamais.
Pour qui sont faits ces hybrides ?
- Le jardinier amateur en climat océanique ou continental, fatigué de voir son abricotier ne pas produire à cause des gelées ou de la moniliose. → Cultiver un abricot-prune au jardin.
- Le maraîcher, l’arboriculteur, le restaurateur qui cherche des fruits de différenciation à forte valeur ajoutée, à vendre en direct plutôt que sur un marché de gros écrasé par l’import. (Nous contacter pour projet de plantation, infos, retours d’expérience.)
- Le concepteur de forêt nourricière qui cherche des fruitiers rustiques et peu exigeants en traitements.
Si vous souhaitez aller plus loin
- Pluerry, Plus et hybrides de Prunus : tout sur les croisements
- Pomme-coing & Sorbopyrus : les hybrides les plus rares du jardin
- Cultiver un abricot-prune au jardin : plantation, pollinisation, récolte, recettes
👉 Découvrir notre catalogue d’hybrides fruitiers rares en stock, seize variétés sélectionnées pour leur goût, leur rusticité et leur singularité.
