La question qu’on nous pose très souvent à la pépinière est : « Si je ne devais planter qu’un seul kaki, lequel choisir ? », et c’est justement la mauvaise question. Un seul kaki ne suffit jamais à représenter la diversité de l’espèce. Trois, en revanche, dessinent une plantation intelligente : un kaki pomme précoce, un pur Diospyros virginiana rustique, un hybride équilibré. Voilà le trio par lequel nous vous conseillons de commencer. Pour chacune de ces trois places, plusieurs variétés se disputent notre affection comme vous le verrez plus loin dans cet article.
Peu d’arbres font référence à Dieu. Le kaki, de son nom latin Diospyros kaki = dios pyros = dieu poire = fruit des dieux. Tout est dit.
Rémi Colicci – Pépinière du Bosc
Pourquoi planter trois kakis… et pas un seul !
Depuis 2008, nous vous proposons une sélection de plus de 40 variétés et la même conversation revient à chaque échange autour du kaki : « quel kaki choisiriez-vous pour commencer ? » Notre réponse ne varie plus : « jamais un seul ». Alors, quels kakis planter ?
Le kaki est un fruitier complexe. Il regroupe trois espèces distinctes (Diospyros kaki, virginiana, lotus) et plusieurs familles physiologiques dont les principales PCA et PCNA. Résumer tout cela à une seule variété, c’est comme choisir un seul cépage pour représenter le vignoble français : on passe à côté de tout le reste.
PCNA = « kaki pomme », aucune astringence, se mange dur et croquant. Jiro, Fuyu, O’Gosho…
PCA = kaki traditionnel, toujours astringent, à laisser blettir et manger à la cuillère. Hachiya, Tone Wase, Tipo…
Trois arbres, c’est selon nous le nombre minimum de kakis à planter pour :
- couvrir trois textures différentes (croquant, blet coulant, blet dense) ;
- étaler la récolte sur deux mois et demi (septembre à mi-novembre) ;
- réussir dans presque tous les climats français ;
- comprendre, sur le terrain, ce qu’est vraiment la diversité de l’espèce.
Et, si vous n’avez la place que pour deux, retirez celui qui correspond le moins à votre climat ou à votre goût. Mais commencez par vous intéresser aux trois.
Le kaki est un fruitier extraordinaire. Jeune, je ne faisais pas attention à lui car il était tellement présent : mon grand-père, immigré italien arrivé en France dans les années 50, en avait planté un dans le petit terrain de sa maison de lotissement à côté de Chambéry. Cet arbre était énorme, il servait à pendre une balançoire où de nombreux enfants jouaient. Il produisait une quantité incroyable de fruits. Tous les hivers, c’était le même cérémonial : des kakis rangés délicatement dans de nombreuses cagettes et qui finissaient de mûrir à côté de pommes. Mon grand-père en distribuait à tout le quartier, toute la famille, aux amis. Cet arbre était comme mon grand-père : solide, généreux et rassurant.
Rémi Colicci – Pépinière du Bosc
Planter un kaki pomme : Jiro (Diospyros kaki, PCNA)
Notre choix pour la texture croquante et la maturité précoce.
Le kaki Jiro est un PCNA – Pollination Constant Non Astringent. Autrement dit : dès que la peau a perdu son vert et viré à l’orange, on peut le croquer ferme, comme une pomme, sans aucun blettissement. Pas de pollinisateur nécessaire, pas d’attente prolongée, pas de risque d’astringence.

Ce qui nous fait choisir Jiro plutôt qu’un autre kaki pomme :
- Maturité précoce (fin septembre, début octobre) : Jiro ouvre la saison des kakis pommes chez nous, plus tôt que Fuyu ou O’Gosho.
- Fruit aplati, régulier, peau orange lisse et brillante. Calibre moyen mais très constant.
- Chair ferme et fine, croquante, à la texture proche du sharon commercial sans en avoir subi le traitement CO₂.
- Vigueur modérée, port compact : facile à conduire en jardin, palissable au besoin.
- Autofertile : un pied seul produit sans problème.
Ses limites : Jiro est un D. kaki pur : rusticité correcte du bois (autour de −15 °C sur arbre adulte, un peu moins sur jeune plant), mais moins que celle d’un virginiana.
À qui il convient : Aux personnes qui n’ont jamais été convaincues par les kakis blets et cherchent un fruit à croquer, sans préparation. Pour les enfants, Jiro est un excellent kaki pour commencer.
Les alternatives en Diospyros kaki
Vous cherchez d’autres kakis pommes (PCNA, à croquer fermes) :
- Fuyu : la référence historique du kaki pomme, un peu plus tardive que Jiro, calibre légèrement supérieur, chair fine et sucrée. La variété de supermarché japonaise, mais infiniment meilleure cueillie mûre au jardin.
- Giant Fuyu : sélection à gros fruits, jusqu’à 300 g. Maturité de saison à mi-tardive, arbre vigoureux. Impressionnant en calibre, un peu moins fin en texture qu’un Fuyu classique.
Jiro reste notre premier choix pour introduire l’espèce, mais tous les jardiniers ne cherchent pas la texture croquante du kaki pomme.

Si vous préférez la profondeur des kakis astringents (PCA, à consommer blets) : le kaki “traditionnel”, celui de votre enfance, que l’on mange à la cuillère, chair délicate, sucrée et parfumée, peau fine.
- Hachiya : le grand classique japonais, fruit allongé en toupie, chair blette d’une richesse aromatique remarquable, presque confiturée. La référence mondiale du kaki astringent.
- Tone Wase : mutation précoce de Hachiya, mêmes qualités gustatives mais maturité d’environ un mois plus tôt. Parfait pour les climats un peu plus frais où Hachiya n’aurait pas le temps de mûrir sur l’arbre.
- Tipo (« Muscat italien ») : classique italien, chair blette parfumée, arômes muscatés très prononcés. Excellent choix pour les amateurs de kakis blets fondants et aromatiques.
Ensuite, un pur virginiana : Lehman Delight (Diospyros virginiana)
Notre choix pour la rusticité extrême et la profondeur aromatique.
Passer de Jiro ou autre Diospyros kaki à Lehman Delight, c’est changer de continent, d’espèce, et de définition même du kaki. Diospyros virginiana est le plaqueminier américain, celui que les peuples autochtones de l’est des États-Unis récoltaient et transformaient bien avant l’arrivée du kaki japonais en Europe.
Le fruit est plus petit, 3 à 5 cm de diamètre, et très astringent. Il ne se mange que blet, quand la peau devient translucide et la chair coule à la petite cuillère. Mais quel goût !
Ce qui distingue Lehman Delight des autres virginiana :
- Gros calibre pour un virginiana : parmi les plus généreux de l’espèce.
- Chair blette miellée, épicée, avec ces notes profondes de dattes, de rhum et de vanille qui n’existent chez aucun D. kaki.
- Autofertile, contrairement à beaucoup de virginiana anciens qui exigent un pied mâle voisin.
- Rusticité exceptionnelle : le bois tient sans dommage jusqu’à −25 °C, souvent plus. Le pied s’installe sans caprice.
- Longévité et vigueur dignes d’un chêne à l’échelle du verger.
Ses limites : Fruit plus petit qu’un D. kaki, on doit attendre qu’il soit blet pour le déguster, avec pépins (Lehman Delight n’est pas parthénocarpique comme les kakis japonais). Ce n’est pas un fruit de supermarché. C’est un fruit d’automne, à cueillir mou et à déguster quand le froid commence à piquer le matin.
À qui il convient : À toute personne pour qui la rusticité prime sur le calibre. Aux amateurs de goûts profonds, complexes. Aux vergers de biodiversité et aux collectionneurs.
Les alternatives en Diospyros virginiana pur
Lehman Delight est notre virginiana de référence pour son gros calibre et le fait qu’il est autofertile, mais deux autres variétés pures d’origine américaine méritent tout autant votre attention.
- Meader : le plus célèbre des virginiana américains, sélectionné dans le New Hampshire par le professeur Elwyn Meader. Autofertile, rusticité extrême (−28 °C et au-delà), fructification régulière et généreuse. Fruits petits mais nombreux, chair blette miellée. Le choix « sécurité » du virginiana en climat froid.
- Early Golden : l’un des virginiana les plus précoces, sélection historique américaine. Maturité de fin septembre à début octobre, bien avant Lehman Delight ou Meader. Chair blette, dense, arômes datte-caramel. Idéal en climat continental où l’automne est court : les fruits ont le temps de mûrir sur l’arbre avant les premières grosses gelées.
Enfin, un hybride : Délice des Carpates® (D. kaki × D. virginiana)
Notre choix pour l’équilibre : qualité gustative du kaki asiatique & rusticité de l’américain.
Entre le PCNA japonais et le virginiana pur, les hybrides interspécifiques dessinent une troisième voie, et c’est probablement l’avenir du kaki dans les climats français réputés « limites ». Délice des Carpates est l’une de nos plus belles sélections de cette famille.
Issu des programmes de sélection d’Europe de l’Est (Roumanie, Ukraine, Crimée), c’est un croisement kaki × virginiana qui hérite du meilleur des deux mondes.
Ce qui rend Délice des Carpates si intéressant :

- Fruit intermédiaire en calibre, plus gros qu’un virginiana pur, plus petit qu’un kaki japonais.
- Chair dense, aromatique, à mi-chemin entre le blet coulant du PCA japonais et la texture de l’abricot très mûr. Beaucoup moins « molle » qu’un Muscat ou un Hachiya blet.
- Rusticité forte, de l’ordre de −22 à −25 °C sur bois formé, très supérieure à un D. kaki pur.
- Arômes complexes, mélange des notes miellées du virginiana et des sucres fins du kaki japonais.
- Autofertile, variété très rare, particulièrement décoratif à l’automne.
Ses limites : Variété peu diffusée, donc peu documentée dans les circuits commerciaux classiques. Maturité de saison à mi-tardive (octobre à mi-novembre). Certains fruits peuvent contenir quelques graines selon la pollinisation.
À qui il convient : À presque tous les climats français, y compris tempérés-froids. Aux amateurs de kakis qui trouvent les blets classiques trop coulants ou trop sucrés. Aux jardiniers curieux qui veulent découvrir les sélections hybrides, encore peu connues en France.
Les alternatives en hybrides kaki × virginiana
Les hybrides sont la famille où l’embarras du choix est le plus grand : ils sont tous incroyables. Voici les autres sélections que nous vous proposons, presque toutes issues des programmes d’Europe de l’Est (Ukraine, Crimée, Roumanie), et toutes évaluées sur plusieurs récoltes.
- Nikita’s Gift : le plus célèbre des hybrides au monde. Sélection ukrainienne de la station de Nikita (Crimée), fruit moyen à gros, chair blette rouge orangée, arômes profonds et complexes. Rusticité −24 °C. Un coup de cœur intemporel. Autofertile.
- Sofia’s Gift : petite sœur de Nikita’s Gift, issue de la même station de recherche. Fruit un peu plus petit, chair plus dense, maturité légèrement plus précoce. Excellente rusticité, autofertile, ce qui est rare pour un hybride de cette qualité.
- David Kandy : sélection remarquable, chair très sucrée, arômes de caramel et de miel qui justifient pleinement son nom. Rusticité forte, port harmonieux, un incontournable pour amateur. Autofertile.
- Kassandra : hybride bulgare, texture blette plus dense et moins coulante que la moyenne des PCA japonais, un excellent compromis pour ceux qui trouvent les blets trop mous. Très rustique. Autofertile.
- Mémoire de Chernyaev : variété ukrainienne peu répandue, hommage au sélectionneur du même nom. Fruits moyens, chair aromatique, rusticité exceptionnelle. Une variété de collection à découvrir absolument. Autofertile.
Le trio en pratique : plantation, distances, échelonnement
Planter les trois ensemble n’est pas juste une jolie idée, c’est une réelle stratégie de diversité et de plaisir pour votre verger.

Étalement des récoltes
| Variété | Type | Maturité | Consommation |
|---|---|---|---|
| Jiro | PCNA (kaki pomme) | Fin sept., début oct. | Ferme, croquant |
| Délice des Carpates | Hybride | Octobre, mi-nov. | Blet dense, aromatique |
| Lehman Delight | D. virginiana pur | Fin oct., mi-nov. | Blet miellé, coulant |
Deux mois et demi de récolte, trois profils de fruits totalement différents, peu de chevauchements de maturités.
Distances et implantation
- 6 m entre chaque arbre en plein vent, 4 à 5 m en palissé.
- Exposition sud à sud-ouest pour tous les trois.
- Sol drainé pour tous : le kaki adulte peu tolérer sans problème la sécheresse, mais peu l’asphyxie racinaire hivernale.
Aller plus loin dans la composition de votre verger
Une fois le trio installé et évalué sur deux ou trois récoltes, vous saurez ce que vous appréciez et pourrez prolonger vos plantations dans votre direction préférée. Au-delà des alternatives déjà présentées pour chacun des trois types, notre catalogue propose une quarantaine de variétés : O’Gosho (PCNA très tardif), Pieper (virginiana avec très peu de pépins) ou Costata, et bien d’autres.
Trois familles pour comprendre, quarante variétés pour approfondir. C’est ainsi que nous avons construit notre propre sélection, et c’est ainsi que nous conseillons de commencer la vôtre.
En résumé, le trio d’ouverture : Jiro (à déguster ferme, précoce), Délice des Carpates (chair dense, hybride, rustique), Lehman Delight (blet miellé, très rustique). Trois familles, trois textures, deux mois et demi de récolte pour presque tous les climats français. C’est la proposition que nous vous faisons depuis 2008 avec la création de notre pépinière spécialisée en kakis grâce au conservatoire CCVS de Raphael Colicci.
