Abricot-Prune, Pluot, Chum...
Il serait presque étrange de se dire pépinière de fruitiers rustiques sans proposer ces hybrides étonnants : les fameux abricot-prune, connus sous le nom de Biricoccolo en Italie, ou encore Pluot, Plumcot ou Aprium aux États-Unis.
Ils associent la force et la résistance du prunier à la richesse aromatique de l’abricotier. Cela donne naissance à des variétés originales et parfaitement adaptées aux jardiniers amateurs comme aux projets de diversification agricole. Ils fleurissent généralement plus tard que l’abricotier, ce qui les met à l’abri de la plupart des gelées de printemps. Leur rusticité est également un atout majeur pour tous ceux qui souhaitent cultiver sans traitements.
Faut-il un pollinisateur, lequel, à quelle distance, et qu’y a-t-il exactement dans un Pluot ou un Biricoccolo ? Tout est expliqué plus bas, variété par variété. Et nous ne nous sommes pas arrêtés là : la même alchimie a donné les cerise-prunes, les pomme-coings et les Sorbopyrus, que vous trouverez tous réunis ici.
Quand un client me demande un fruitier original, avec du goût, mais pas trop difficile, je réponds sans hésiter : un abricot-prune. Il vous étonnera, vous et votre entourage, autant par son goût que par son histoire.
Rémi COLICCI, Pépinière du Bosc
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Il existe bien un fruit entre la prune et l’abricot. Un vrai, pas une curiosité de catalogue. En Italie on l’appelle Biricoccolo, aux États-Unis Pluot, Plumcot ou Aprium selon la dose de prune et d’abricot qu’il porte dans ses gènes. Et depuis quelques années, la même logique s’applique à la cerise avec les cerise-prunes, au coing avec les pomme-coings, au sorbier avec les Sorbopyrus.
Ces arbres fruitiers hybrides sont encore assez confidentiels en France. C’est dommage, parce qu’ils règlent le problème numéro un du verger d’aujourd’hui : l’abricotier classique fleurit trop tôt, gèle une année sur deux et attrape tout ce qui passe. Un abricot-prune fleurit plus tard, résiste mieux aux maladies, et donne un fruit franchement meilleur que ce que la plupart des gens imaginent.
C’est pour cette raison que nous en avons fait une de nos spécialités. Voici notre sélection, et surtout de quoi comprendre ce que vous plantez.
Et pour une vue d’ensemble de toutes ces familles, commencez par notre guide complet des hybrides fruitiers rares.
Qu’est-ce qu’un abricot-prune ou un Pluot ?
Un abricot-prune est le fruit d’un croisement entre un prunier et un abricotier. Les deux espèces appartiennent au genre Prunus, la même grande famille que les cerises, les pêches et les amandes, et sont assez proches pour se croiser. Ces croisements existent dans la nature depuis des siècles, et les sélectionneurs les ont ensuite reproduits volontairement.
Le résultat n’est ni une prune ni un abricot. C’est un fruit à part, qui prend au prunier sa jutosité, sa forme et sa robustesse, et à l’abricotier son parfum et sa rondeur sucrée. Selon la proportion de chaque parent, le fruit penche d’un côté ou de l’autre, et c’est précisément ce qui distingue les différentes familles.
Les noms viennent de l’anglais : plum pour la prune, apricot pour l’abricot. Contractez les deux et vous obtenez plumcot et pluot. Retournez la contraction dans l’autre sens, avec l’abricot en premier, et vous obtenez aprium. Le mot biricoccolo, lui, vient de l’italien albicocca, l’abricot.
Pluot, Plumcot, Aprium et Biricoccolo, quelles différences ?
C’est la question qui revient le plus souvent, et la réponse est simple : tout se joue sur le pourcentage de prunier et d’abricotier.
| Famille | Génétique | Origine | Ce que ça donne dans l’assiette |
|---|---|---|---|
| Biricoccolo (Prunus × dasycarpa) | Prunier myrobolan × abricotier, hybride naturel | Italie, XVIIIᵉ siècle, croisement spontané | Dominante abricot, très parfumé, souvent à peau sombre |
| Plumcot | 50 % prunier japonais, 50 % abricotier | États-Unis, Luther Burbank, 1890-1900 | Goût proche de l’abricot, forme et jus de la prune |
| Aprium | 50 à 75 % abricotier, 25 % ou moins de prunier | États-Unis, Zaiger Genetics | Franchement abricot, avec un surplus de jus et de sucre |
| Pluot® | 75 % ou plus de prunier japonais | États-Unis, Floyd Zaiger, années 1980-1990 | Chair fondante, jutosité extrême, taux de sucre très élevé |
| Cerise-prune (Chum, Pluerry™) | Prunier × cerisier | Europe de l’Est et Zaiger Genetics | Sucre d’une cerise mûre avec une finale de prune |
Pour aller plus loin sur l’histoire et la génétique de chaque famille, lisez notre article détaillé : Pluot, Aprium, Plumcot & Biricoccolo : quelles différences ?
Quel goût a un abricot-prune ?
La question mérite une réponse précise, parce que « entre la prune et l’abricot » ne veut pas dire grand-chose une fois le fruit en main.
- Sur un Biricoccolo : le parfum d’abricot domine, plus intense que celui d’un abricot ordinaire, avec une pointe acidulée de prune en finale et une chair souvent rouge à sanguine.
- Sur un Aprium : la douceur ronde de l’abricot mûr, une chair plus juteuse et un taux de sucre plus élevé.
- Sur un Pluot® : c’est autre chose. Le sucre est très haut, jusqu’à 17 degrés Brix sur certaines variétés, la chair est fondante ou au contraire croquante selon la variété, et le jus est franchement explosif. Le Flavour Supreme est fondant et déborde de jus, le Flavor Grenade reste croquant jusqu’au bout : deux profils opposés dans la même famille.
- Sur une cerise-prune : le sucre franc d’une cerise parfaitement mûre, prolongé par une torsion de prune qui allonge la bouche.
Tous se mangent d’abord frais, cueillis à point, c’est là qu’ils sont imbattables. Ils font aussi d’excellentes confitures très aromatiques, des tartes où le parfum ressort remarquablement, des compotes et des jus pleins de vitalité.
Pourquoi planter un abricot-prune plutôt qu’un abricotier ?
Parce que dans beaucoup de jardins, l’abricotier est devenu un pari perdu d’avance. Il fleurit fin février ou début mars, une gelée d’avril suffit à anéantir la récolte, et il est très exposé à la moniliose et à la sharka.
Les hybrides prune-abricot changent la donne sur trois points.
- Floraison plus tardive. C’est l’argument décisif. Le Biricoccolo et plusieurs Pluots fleurissent nettement après l’abricotier, ce qui leur permet de produire dans des régions où l’abricot échoue systématiquement à cause des gelées tardives.
- Rusticité et résistance aux maladies. Ces arbres sont plus vigoureux que l’abricotier et nettement moins sensibles aux maladies fongiques et virales. Certaines variétés comme Komet encaissent jusqu’à ‑30 °C. C’est le profil d’un fruitier résistant aux maladies et d’un arbre fruitier rustique au sens le plus concret du terme.
- Une palette de goûts que vous n’avez pas. Si vous avez déjà quelques prunes et quelques abricots qui fonctionnent, ces hybrides ouvrent une dizaine de nuances intermédiaires, avec des maturités étalées de juin à octobre.
À suivre de près. Une équipe de chercheurs allemands vient de réussir un croisement entre abricotier et prunier domestique, jusqu’ici considéré comme presque impossible. L’objectif était la résistance à la sharka, mais le bénéfice collatéral est énorme : ces futurs hybrides pourront être pollinisés par n’importe quel prunier classique de nos jardins. Nous suivons le dossier de près.
Comment polliniser un Pluot ou un Biricoccolo ?
C’est le point que tout le monde néglige, et c’est aussi celui qui fait la différence entre un arbre magnifique et un arbre qui donne des fruits. Autant être clair : une mauvaise recommandation de pollinisateur, et vous récolterez trois fruits.
La règle de base
La plupart de ces hybrides sont partiellement autofertiles au mieux, rarement autofertiles tout court. Même les variétés annoncées autofertiles produisent bien davantage avec un partenaire. La solution la plus fiable est toujours la même : deux variétés différentes du même groupe, qui fleurissent en même temps, plantées à moins de 30 m l’une de l’autre.
Et il faut bien comprendre que la pollinisation joue dans les deux sens. Il n’y a pas d’arbre sacrifié au rôle de pollinisateur : un arbre de chaque, et les deux produisent. C’est pour cette raison que nous conseillons systématiquement de partir sur deux hybrides plutôt que sur un hybride et un pollinisateur.
Retrouvez le détail famille par famille — quel pollinisateur pour un Biricoccolo, quels pièges éviter avec un Pluot — dans notre guide de culture : planter et polliniser un abricot-prune.
Notre conseil concret
Ne vous compliquez pas la vie. Prenez deux hybrides différents à floraison simultanée, et ça fonctionne. Trois ou quatre, et ça fonctionne encore mieux, certaines variétés produisant davantage lorsqu’elles reçoivent deux pollens compatibles différents. Et si vous ne voulez pas vous poser de question, ajoutez Santa Rosa : il couvre à lui seul la quasi-totalité de nos Pluots et de nos cerise-prunes. Si vous hésitez, demandez-nous : nous connaissons les périodes de floraison de chacune de nos variétés et nous vous dirons quel couple planter.
Comment planter et cultiver un abricot-prune ?
- Période : de novembre à mars hors gel en racines nues, toute l’année en conteneur hors grosses chaleurs.
- Exposition : plein soleil, à l’abri des vents froids.
- Sol : bien drainé avant tout, sans excès de calcaire.
- Distance : 4 à 5 m entre deux arbres vigoureux, 3 m pour les semi-nains, 30 m maximum entre partenaires de pollinisation.
Pour la taille, l’arrosage, l’éclaircissage et le calendrier de récolte, suivez notre guide complet : cultiver un abricot-prune au jardin.
Quelles variétés d’abricots-prunes et de Pluots choisir ?
Voici notre sélection, classée par famille. Toutes sont greffées dans notre pépinière et choisies d’abord pour le goût, ensuite pour leur comportement réel au verger.
Les Biricoccolos, nos hybrides naturels italiens
- Abricot-prune Vesuviano : le Biricoccolo de référence, issu d’une collection italienne traditionnelle. Floraison tardive, très résistant aux maladies, maturité mi-juillet à fin juillet, fruits très juteux à dominante abricot.
- Abricot-prune Blackforest : l’abricot noir, aussi appelé Prince Noir. Peau presque noire à maturité, chair rouge puis sanguine, 60 à 80 g, très aromatique à dominante abricot. Floraison tardive là encore.
- Abricot-prune « Sélection » : la crème d’une ancienne collection italienne de Prunus × dasycarpa, gardée pour être la plus savoureuse et la plus fiable. Maturité précoce de mi-juin à fin juin, chair tendre et intensément parfumée. Notre entrée de gamme et un excellent pollinisateur.
Les Apriums et Plumcots, à dominante abricot
- Abricot-prune Aprisali : hybride Prunus armeniaca × Prunus salicina à dominante abricot, port compact et arrondi, faible vigueur, petits fruits pourpres à chair rouge. Précoce, très rustique, et autofertile, ce qui en fait le meilleur choix pour qui ne veut planter qu’un seul arbre.
Les Pluots®, à dominante prune
- Abricot-prune Spring Satin : parfumé, juteux, très résistant, dominante prune. Floraison de mi-mars, une valeur sûre et un pollinisateur précieux pour les autres hybrides précoces.
- Abricot-prune Flavour Supreme : le tout premier Pluot® créé par Floyd Zaiger en 1988. Peau gris-vert mouchetée de rouge, chair bordeaux, 17 degrés Brix. Un des meilleurs fruits à noyau au monde. Nouveauté 2026/2027.
- Abricot-prune Flavor Grenade : fruit allongé vert chartreuse moucheté de rouge, chair jaune beurre croquante même à maturité, notes de miel et d’agrume. Il tient 4 à 6 semaines sur l’arbre, ce qui étale la récolte comme aucune autre variété. Vainqueur de tests de dégustation. Nouveauté 2026/2027.
Le pollinisateur universel de la gamme
- Prunier japonais Santa Rosa : le prunier historique de Luther Burbank, celui qui a servi de base à toute la lignée des hybrides prune-abricot. Fruit rouge pourpre à chair ambrée, juteux et très parfumé, maturité en juillet. Il est autofertile, donc il n’a besoin de personne, mais sa floraison longue et son pollen abondant en font le partenaire de pollinisation de référence de nos Pluots et de nos cerise-prunes. Nouveauté 2026/2027.
Les cerise-prunes, l’autre branche de la famille
Même logique, autre parent : ici c’est le cerisier qui entre dans la généalogie de la prune. On parle de Chum pour les hybrides d’Europe de l’Est et de Pluerry™ pour les créations Zaiger.
- Cerise-prune Chum « RedForest » : hybride naturel très résistant aux maladies, floraison très précoce, une véritable rareté.
- Cerise-prune Candy Heart : Pluerry™ à peau rouge sombre mouchetée et chair ambre, maturité mi-août, avec un hang time prolongé. Nouveauté 2026/2027.
- Cerise-prune Sugar Twist : le plus précoce de tous, récolté dès juin, un mois avant les autres Pluerry™, sur un arbre semi-nain de 3,5 m. Il comble le trou de calendrier entre la fin des cerises et le début des prunes. Nouveauté 2026/2027.
- Abricot-prune Komet : hybride Prunus cerasifera × Prunus salicina obtenu à la station de Krymsk, fruits de 50 à 60 g, chair jaune passant au rouge violacé, noyau libre, maturité précoce et une rusticité exceptionnelle jusqu’à ‑30 °C. Nouveauté 2026/2027.
Et les hybrides qui ne sont plus des Prunus
Parce que l’histoire ne s’arrête pas aux fruits à noyau. Le même principe de croisement a donné des arbres tout aussi étonnants du côté des fruits à pépins.
- Sorbopyrus Shipova et Sorbopyrus Tatarova : croisement entre un poirier et un alisier, arbres très résistants et vrais trésors botaniques.
- Nashi × Poire « Benita » et « New World » : croisements entre poirier européen et nashi, le croquant de l’un et le parfum de l’autre.
- Pomme-coing Cydolus Rudenko : hybride intergénérique entre pommier et cognassier obtenu par I. S. Rudenko, un genre à lui seul, × Cydomalus. Fruit jaune doré, parfum d’ananas cuit, chair non astringente. Nouveauté 2026/2027.
Vous souhaitez planter un Pluot ou un abricot-prune et vous ne savez pas quel couple choisir ? Écrivez-nous. Nous connaissons les dates de floraison de chacune de nos variétés et nous vous orienterons vers l’association qui produira le plus chez vous.
Virginie, Pépinière du Bosc
Faq - abricot-prune, Pluot & Biricoccolo
Quel est le nom du fruit entre la prune et l'abricot ?
On l’appelle Biricoccolo en Italie, et Pluot, Plumcot ou Aprium aux États-Unis selon la proportion de prune et d’abricot. En français, le terme générique est abricot-prune.
Quelle différence entre Pluot, Plumcot, Aprium et Biricoccolo ?
Tout se joue sur la génétique. Le Biricoccolo est un hybride naturel italien du XVIIIᵉ siècle entre myrobolan et abricotier. Le Plumcot est un 50/50 créé par Luther Burbank. L’Aprium contient 50 à 75 % d’abricotier. Le Pluot® contient 75 % ou plus de prunier japonais et reste le plus juteux et le plus sucré des quatre.
Quel goût a un Pluot ?
Très sucré, jusqu’à 17 degrés Brix sur certaines variétés, avec une chair fondante ou croquante selon le cultivar et une jutosité nettement supérieure à celle d’une prune ordinaire. Le parfum d’abricot reste perçu en arrière-plan.
Le Pluot est-il autofertile ?
Rarement, et jamais pleinement. Certaines variétés sont partiellement autofertiles, comme l’Aprisali, mais toutes produisent beaucoup plus avec un partenaire compatible. Comptez sur une pollinisation croisée.
Quel arbre pollinise un abricot-prune ?
Pour un Biricoccolo : un prunier myrobolan, un prunier japonais, parfois un prunier domestique ou un abricotier. Pour un Pluot ou un Plumcot : ni abricotier ni prunier domestique, mais un autre hybride du même groupe fleurissant en même temps, ou un prunier japonais comme Santa Rosa, planté à moins de 30 m. La pollinisation est réciproque : les deux arbres produisent.